10 août 1847

« 10 août 1847 » [source : BnF, Mss, NAF 16365, f. 188-189], in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4095, page consultée le 07 mai 2026.

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Bonjour, mon Toto, bonjour, mon amour, bonjour mon cher petit maladroit. Je parie que tu auras éparpillé tes Moniteurs1[1] tout le long du chemin ? Pour t’épargner cette peine tu peux te dispenser de m’apporter le moniteur que je ne lis pas
MAJOREL2.
Excepté les rares occasions où tu parles MAJOREL je n’ai jamais lu de lui que cette majuscule signature MAJOREL et quoique cette lecture attachante ne soita pas sans charme, je sens que je l’ai assez pratiquée pour mon bonheur. MAJOREL. Ainsi, mon Toto, tu peux te dispenser d’ici à longtemps de m’apporter ce journal incendiaire MAJOREL. À moins cependant que tu n’aies besoin pour ton plaisir particulier de me saouler à satiété de la rédaction MAJOREL. Auquel cas je me résignerai de mauvaise grâce à m’ingurgiter MAJOREL, jusqu’à ma propre consommation. Je range dans la catégorie du moniteur MAJOREL, les lettres d’ALPHONSE3 et je te supplie de me les supprimer quand l’occasion s’en présente. Il faut être fort comme toi et pair de France comme plusieurs pour résister à l’usage quotidien des MAJOREL et des Alphonse. Quant à moi je déclare que cette tâche est au-dessus de mon courage MAJOREL. Ce pauvre Fouyou est bien triste et bien à plaindre car il voit s’enfuir les belles soirées sans en profiter. Si j’avais comme toi les moyens de lui en acheter huit d’un coup je n’y résisterais pas. Mais je n’ai pas ces moyens et je subis bien malgré moi le spectacle de son affreuse douleur. Hélas ! Toto je vous baise et je vous aime plus de dix cent mille.

Juliette


Notes

1 Le Moniteur universel, organe de presse officiel du gouvernement, reproduisait fidèlement les débats parlementaires. Victor Hugo l’apportait régulièrement à Juliette. C’est l’un des seuls journaux dont il lui autorisait la lecture.

2 Sans doute s’agit-il de L. Majorel, collaborateur du Moniteur, qui signe de nombreux articles de la rubrique « Intérieur ».

3 À identifier.

Notes manuscriptologiques

a « sois ».


« 10 août 1847 » [source : BnF, Mss, NAF 16365, f. 190-191], in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4095, page consultée le 07 mai 2026.

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Maintenant, mon Toto, que tu as repris ton Jean Tréjean est-ce que tu ne m’en donneras pas quelques petits chapitres à copier tout de suite ? Il y a bien longtemps que j’attends après et il me semble qu’il vaudrait mieux m’en donner pendant que les jours sont encore assez longs que d’attendre l’hiver ? Je te dis cela pour t’y faire penser et pour me faire plaisir dans le cas où tu pourrais faire droit à ma requête. Je ne connais pas de plus douce et de plus charmante occupation que celle de te copier. C’est dommage qu’elle se fasse tant attendre. Cher bien-aimé, mon petit homme, vous poussez trop loin l’art de vous faire désirer en toute chose car cela arrive souvent jusqu’à l’impatience et à la souffrance. C’est demain la fête de ma pauvre fille et je veux aller moi-même lui porter un bouquet1. Je serai revenue avant l’heure où tu as l’habitude d’être chez moi ; dans tous les cas je ne pourrais pas tarder et tu trouverais tout ce qu’il te faut pour travailler tout prêt. Cher bien-aimé, mon Victor béni, je ne pense pas que tu t’opposes à cette pieuse démarche qui est pour moi le plus triste et le plus saint des devoirs ? Je te promets d’être raisonnable.
Quand te verrai-je, mon Victor ? Je t’attends avec un redoublement de désir et de tendresse qui me rend les heures encore plus lentes que d’habitude. Tâche de venir le plus vite que tu pourras et que te le permettront ton travail, tes affaires et autres Cogniard2. Je t’attends et je t’adore.

Juliette


Notes

1 Claire Pradier est morte le 21 juin 1846, et est enterrée au cimetière de Saint-Mandé.

2 Le 17 août a lieu à la Porte-Saint-Martin la première de La Belle aux cheveux d’or, de Cogniard.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.

  • 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
  • 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
  • Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
  • 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
  • 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
  • 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.